Les pieds dans l’eau


          Angers est bien loin derrière maintenant, voilà une semaine que j’avance sous une météo bien capricieuse. La mise en route n’est pas si simple, je prends mes marques chaque jour un peu plus et compose dans ce tout nouvel environnement.

         Petit à petit je vois les tensions s’apaiser. La toute première nuit, je l’ai passée sur les bords de la Loire, abritée par un petit bosquet, bien au chaud dans ma tente. On ne peut pas dire que c’était une très jolie nuit ! En bonne stressée, je sursautais au moindre bruit ! Il faut dire que le vent et la pluie était déjà au rendez-vous. Je me souviens même avoir rêvé d’un ragondin sous ma tente, me poussant pour se loger confortablement sous mon tapis de sol. Bien entendu, je m’étais réveillée en sursaut, le cœur battant à tout rompre, mais rien à l’horizon ! J’avais tout de même belle et bien vu un ragondin le soir précédent, mais je ne pense pas le moins du monde qu’il soit réellement venu m’ennuyer au milieu de la nuit …

           C’est assez amusant d’y repenser après coup. Depuis, j’ai passé de bien meilleures nuits, souvent épuisée après l’effort de la journée, je me glisse dans ma tente et m’y sens comme chez moi. Un petit coin de bien être rassurant. La toile de tente jaune filtre une douce lumière qui me laisse croire à une belle luminosité, à un ciel ensoleillé alors même que le temps est bien gris. L’effet en est pourtant très bénéfique et c’est toujours avec entrain que je m’éveille chaque matin.


           Autour de Saumur, ce sont de magnifiques villages troglodytes que je traverse, enchainant les détours, sous l’emprise de ma curiosité. Je me glisse à travers les ruelles désertes.
          Creusée, la pierre blanche et froide dessine un labyrinthe de conduits. Les tiges de lierres, sans vie, vestiges de ce monde endormi, comme prisonnier de l’hiver, m’indique la danse à suivre.
           Les petits villages du bord de Loire, tous plus inspirants les uns que les autres, me retiennent et m’apprivoisent. J’imagine quelle fut la vie autrefois, au sein de ces grottes sombres, alors que j’apprends seulement les origines de ma famille en ces lieux troglodytiques…


Quelle journée !

           Ce matin, il a fallu que je m’attarde au bivouac pour faire quelques premières réparations. Avec toutes les secousses, l’usure est d’une rapidité incroyable ! Le couvercle de ma sacoche guidon a commencé à percer, pas le droit d’attendre ou alors ce ne sera plus réparable… Et puis, surtout, solutionner la cause de cette usure précoce.
           Quelques petits réglages sur le vélo, après les essaies des derniers jours, je réadapte ma posture.

           Aller, en route ! Il ne faut pas attendre longtemps avant que la pluie ne m’accompagne, pas très agréable, vous vous en doutez… Je suis plus ou moins l’itinéraire de la Loire à vélo. En bonne curieuse, je laisse mon attention happée et j’ignore poliment cette pluie qui me taquine.

          J’hésite, il se fait un peu tard, continuer et passer Tours risque de me laisser peu de temps de lumière pour chercher un bivouac, ou bien assurer mes arrières et rester là ? Ça serait alors une petite journée de vélo, mais bon… Aller je continue, si je pouvais avoir le luxe de me trouver un abris de fortune ou dormir avec cette pluie, ce serait top ! Sinon, au bord de la Loire les coins tranquilles pour bivouaquer ne manque pas.


           Je ne comprends pas, ou sont les panneaux ? Dès que l’on entre dans une ville, c’est la galère pour suivre son itinéraire vélo, ils nous laissent tout simplement tomber ! Ah, là ! Tiens, c’est étrange ? Il y a les 2 logos des itinéraires vélo que je suis, mais pas celui de la Loire à vélo ? Et bien, ce doit être Tours qui ne fait pas comme tout monde, je ne vais pas m’attarder avec cette pluie qui s’infiltre. …

          Bien plus tard…
          C’est quand même étrange, ce chemin tout droit n’a aucun intérêt, il n’y a même plus de gîte ni d’aire de pique nique comme il y en avait tout le long de la Loire à vélo. La pluie a presque cessée, je vais consulter mon plan, il ne devrait pas prendre trop l’eau.
          Noooon ! Je me suis plantée … Il fait nuit depuis un moment et je suis carrément loin de mon itinéraire ! La galère…. Je fais quoi ? Je reste dans le coin, je continue ? Mouai, je me connais, je n’arriverai pas à dormir en sachant que je suis à des lieux de la route que je souhaitais. Aller, de toute façon je ne suis pas tellement fatiguée et puis je n’ai pas envie de monter ma tente sous la pluie, je m’arrêterai quand elle cessera et qu’il y aura un endroit correct. …

           Encore plus tard, Ouiiiii ! De retour sur la bonne route ! Bon maintenant il faut que je trouve où dormir… Pas évident de chercher la nuit. Il est 21h et je ne sais toujours pas où je vais pouvoir me reposer, aller on ne laisse pas le stress s’installer ! Je choisi le premier endroit au bord d’un chemin, je monte la tente en vitesse et je me cloître à l’intérieur ! Pas de repas chaud ce soir et pas même de brossage de dent, je ne sors plus de mon duvet ! Je me réchauffe enfin et m’agace, pour mon manque de jugeote de la journée…

            Demain sera un autre jour !


           Depuis quelques jours, les intempéries m’en font voir de toutes les couleurs ! Je joue avec les éclaircies, les évites au mieux et accepte de m’en prendre plein la figure en d’autres temps. Je veille à garder mes affaires de bivouac les plus sèches possible, je sais que je ne peux compter que sur elles pour passer de bonnes nuits et ne pas perdre la face.
           J’observe le ciel, garde un œil sur les nuages les plus sombres, et surtout analyse le vent par rapport à ma direction. L’épuisement est vite arrivé, je peine à pédaler, affrontant de violentes bourrasques. Le vent ayant tendance à s’apaiser le soir, j’en profite pour avancer malgré la nuit tombante et l’inconnu de mon lieu de bivouac.


           Vendômes, je me souviens avoir arpentée ces rues lorsque je travaillais comme recruteur de donateur pour Médecin du Monde (une bien étrange expérience). J’y reviens avec cette fois ci le temps et la possibilité de m’arrêter pour poser mon regard sur cette petite ville.
           L’abbaye de la Trinité reste pour moi le monument phare de cette ville. Sans aucun positionnement religieux, j’admire cette incroyable architecture d’un autre temps. Un tel travail aujourd’hui est archaïque. Le temps et la main d’œuvre demandés pour un chef d’œuvre comme celui-ci, tout simplement inimaginable de nos jours. Le détail de la façade est impressionnant… Je ne peux que vous inviter à faire le détour si vous en avez l’occasion !


            D’un autre côté, ce n’est encore que le début du voyage pour moi, je n’ose pas m’éloigner de mon vélo. La peur de le perdre, que l’on me « l’emprunte » ou bien que l’on capture quelques uns de mes bagages est plus forte. Je ne voudrai pas voir tout mon projet tomber à l’eau pour une bêtise comme celle là… Mais, en conséquence, je suis bien embêtée pour visiter quoi que ce soit. Un des nombreux points qui différencie selon moi le touriste du voyageur, les libertés et les contraintes sont bien distinctes…


Les inondations

            La pluie s’est déversée pendant 13h sans interruption. Arrivée de nuit, j’ai installé mon bivouac à la va-vite à 22h, les mains souillées de graisse après m’être battue pendant 2h30 sur le bord de la route dans la mécanique. La chaîne de mon vélo s’est étrangement ouverte, après si peu de temps et l’usage que j’en fais, c’est très étonnant. L’erreur étant humaine, j’ai certainement dû en faire une en l’installant, peut être l’avais-je mal fermée ? Dans tous les cas, je dois changer un maillon, il a été abîmé dans la foulée. J’ai froid, mes mains tremblent, la fatigue m’accable, mais je garde le cap et laisse la nuit m’envelopper.


            C’est avec grand bonheur que j’entends cette pluie se déverser sur ma toile de tente, une petite heure seulement après être bien installée et prête a oublié cette mésaventure. Je suis au sec, le bruit de la pluie me berce doucement et je sombre dans un sommeil ravissant. Le lendemain je décide simplement de rester dans ma tente tant que le ciel pleurera.

           Je prends la route bien tard, et découvre un paysage ravagé ! Les rivières, les ruisseaux, les rigoles, ils débordent tous ! Chaque fossé s’est transformé en torrent. Et puis, je suis confrontée à une toute nouvelle problématique… Les inondations se sont installées. Je me retrouve bloquée. Il devient difficile de suivre mon itinéraire, je fais détour après détour…


             Les routes bloquées sont de plus en plus nombreuses et je décide finalement, le lendemain, de dessiner un tout nouvel itinéraire. Les inondations, plus sévères encore que le jour précédent, m’empêchent même de reprendre la route empruntée hier pour m’éloigner bivouaquer.

 
          Après ces inondations, ces intempéries, ces tempêtes, aujourd’hui j’ai une motivation nouvelle ! Ce soir, si tout va bien, je devrai rejoindre des amis à Dreux et passer quelques jours chez eux. Du repos, de la détente, des sourires et de la chaleur, wouah ! J’ai hâte ! Il va tout de même falloir parcourir quelques 80km, j’espère que le temps sera avec moi ?!
            Sur la route, je traverse Chartres où je découvre la cathédrale, bien connue, en pleine rénovation. Petit à petit, la pierre noircie par le temps est mise à nue et retrouve sa couleur blanche, lumineuse et magnifique…


             Et voilà ! Après une semaine en pleine air, je retrouve Annaëlle et Patrick chez eux, à Dreux. Je suis un vrai moulin à parole !!!! Une semaine enfermée dans le silence de mon esprit, on ne m’arrête plus ! J’ai tant à dire ! On discute, on rigole, on s’amuse… Ils sont tellement adorables et m’accueillent si gentiment et si bien …
            Il est vrai que quelques jour bercés dans la chaleur d’un foyer, propre et douchée, c’est plutôt fort agréable. Je me repose, pense à ma dernière semaine, prends le temps de donner des nouvelles et bientôt, je retourne sur la route …

Les lavoirs sont de parfaits abris d’observation

Tous vos retours sur l’article (intérêt, clarté, mise en page, etc… ) sont les bienvenues, j’apprends avec vous ! 😀